
La biographie
Les membres de "Factory" sont de jeunes misérables. Notons,
c'est un fait, qu'ils sont issus de la zone industrielle dont Saint-Etienne
est le centre. Quant aux particularités de leur état-civil et
de leurs trajectoires, j'ai vu en causant avec eux qu'ils ne souhaitent pas
en parler. Ni par modestie, ni par gêne, plutôt parce qu'elles
ne leur semblent pas pertinentes. Et c'est juste. C'est la misère qui
est pertinente, et non ses particularités. Et d'autant plus que la
misère moderne est de moins en moins particulière, de plus en
plus générale, c'est sa qualité.
De même, la misère moderne saisit les individus non seulement
dans leur économie (alimentation, vêture, logement, baise), mais
partout.
Créer - fût-ce en boxant - pouvait être naguère
un semblant d'échappatoire et une espèce d'échappée.
Et c'est terminé. Si l'on réussit, par chance et par calcul,
par hasard et par vertu, à échapper au bureau ou à l'usine,
c'est seulement à la condition de produire immédiatement pour
le marché (des écrits, des musiques, etc.). Ainsi les gens de
"Factory" ont-ils une possibilité (limitée) de vie
économique moins misérable (légère amélioration
de l'alimentation, la vêture, le logement, la baise). Mais cette possibilité
ne peut être acquise qu'en échange de leur production de musique
et de paroles. Et "Factory" le sait. Et "Factory" existe
donc, et fait sa musique, sur le fil d'une lame, et sans pouvoir la faire
ailleurs, et en le sachant. Le fil d'une lame, c'est l'endroit où l'on
gagne le droit de s'asseoir si l'on échappe un moment à l'usine,
aux bureaux. Je sais qu'on a des moments de jouissance sur le fil d'une lame.
Je crois savoir que pour "Factory", ce sont les moments où
la musique se fait, et où l'on oublie qu'elle se fait pour le marché,
et où l'on sait seulement qu'on est en train de déballer ce
qu'on a dans le cur et sur le cur (qui est une lame aussi).
Et il y a aussi les moments où l'on voit, dans la salle, la foule des
frères de misère qui sait de quoi il est question. (Se méfier
de ces moments-là, cependant).
"Factory" est un jeune groupe de rock français. Techniquement
très bien. Ce n'est pas la question, quoique bien sûr il puisse
exister aussi ici et là des orchestres qui n'ont même pas la
patience de maîtriser ce qu'ils font. "Factory" au contraire
possède la technique de ce qu'il fait. Je répète : ce
n'est pas la question. A travers les murs du monde, on en voit déjà
les décombres, "Factory" les donne à voir, vous pouvez
continuer de parler de rock, de parler de musique, chacun en attendant que
ça s'effondre passe le temps, le crépuscule est lent, mauve
tripe, bon soir.
Jean-Patrick Manchette (Public Nov. 1979)
Jean-Patrick
Manchette :
Les membres de
"Factory"
sont de jeunes
misérables...
YVES
MATRAT
D'argile et de sang
Le rocker de Givors
Matrat tient Chorus en haleine
!
Yves Matrat,
auteur, compositeur, interprète
Michel Kemper (La
Tribune)
Oratorio :
"Vous êtes
tous des Dieux !"
Stéphane Vettraino,
compositeur
Le projet
Thierry Messirel (Le
Progrès)
Michel Durand (Revue Confluence)
"Bansbannières
au Palais"
"L'école
des fables"
J.L. (Le progrès)
FACTORY
Factory : Jean-Patrick Manchette)
Factory
: "Cache
ta joie"
J.-J. Jacques Lerand
Jacques Lombard (Libération
Enregistrement de "Cache
ta joie"
(Public)