






Manchette
: un enfant de Marx et de Coca-Cola, d'Hegel et du "Chasseur Français",
de Mai 68 et d'"Hara Kiri". Un "intello polycentrique" à
la biographie de romancier américain lancé dans le polar. Hammett
et Chandler dans les années 20/30 aux U.S.A. en fondèrent génialement
le genre. Manchette s'inscrit dans leur droit fil. Résultat : une écriture
nerveuse, très visuelle, proche du cinéma, des scénarios
élaborés, une mise-en-scène pertinente de la violence,
plus un humour référentiel, opérant sur le tissu culturel
occidental et le détournant, Rimbaud, Victor Hugo, Mac Mahon sont sollicités
dans les titres même : "O DINGOS, O CHATEAUX, "MORGUE PLEINE",
"QUE D'OS". Bref, ça cartonne et ça speede.
"Le Petit Bleu de la Côte Ouest" c'est
la crise d'un jeune cadre, ex P.S.U. mercédès, amateur de jazz
côte ouest, ayant petite famille, épouse brétéchérienne.
Un temps, il vit "une aventure mouvementée et saignante" qui
le déclasse, le fait tueur et justicier. Puis tout en rentre dans l'ordre
et Manchette de conclure, analyse marxiste à l'appui : "Dans l'ensemble,
on voit comment ça va tourner, mais avec précision, on ne voit
pas. Dans l'ensemble, ils vont être détruits les rapports de production
dans lesquels il faut chercher la raison pour laquelle Georges file ainsi sur
le périphérique avec des réflexes diminués en écoutant
cette musique-là. Aimée "Fatale",
après avoir exécuté un à un tout le gratin "traversant
les faubourgs où les ouvriers dormaient POUR UN MOMENT COURT ENCORE".
C'est J.P. Manchette qui souligne).
En attendant la révolution sociale, ce monde convulsif où
l'on a raison de se révolter, mais aussi où l'on se dit bien souvent,
comme Eugène Tarpon, "qu'on aurait mieux fait de se tirer chez sa
maman", ce monde fou, Manchette le fouille dans un tourbillon d'horreurs
et d'hilarité.
Jacques Lombard, écrivain marseillais, correspondant de "Libération"
.
Manchette
: un enfant de Marx et Coca-Cola